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Association des commerçants Judaïque Saint-Seurin

Rue Judaïque, toute une histoire

Mettons nos pas dans les pas de nos pères


La rue Judaïque est une des principales artères de Bordeaux. Elle compte près de 300 numéros. Rectiligne, elle s’étend sur près d’un kilomètre et demi, d’est en ouest, de la place Gambetta au cœur de la ville, jusqu’aux boulevards. Localisation et aspect sur GoogleMaps.
Son histoire est connue par les découvertes archéologiques, les textes et, à partir de la fin du XVIe siècle, les plans ; elle est intimement mêlée à celle de Bordeaux.
La partie supérieure de la rue Judaïque – de la place Gambetta au carrefour formé par la rue du Château-d’eau et la place des Martyrs-de-la-Résistance – existe depuis près de deux mille ans. La partie en aval, progressivement bâtie au cours des XIXe et XXe siècles en obéissant à des plans d’urbanisme, a une histoire plus récente.


I. Des siècles obscurs


1. Géographie rétrospective

Avant que l’homme n’entreprenne de le transformer, le quartier Judaïque Saint-Seurin se présentait comme une langue de graviers (les graves, si propices à la culture de la vigne) et de sables, surmontée d’une petite éminence culminant à 18 mètres de hauteur, le mont Judaïque . Elle dominait les rives de la Garonne, situées à environ un quart d’heure de marche à pieds, d’une dizaine de mètres. Encore aujourd’hui, vous montez le cours de l’Intendance en venant des quais ; vous descendez la rue du Château-d’eau en allant vers le centre commercial Mériadeck. De chaque côté de cette langue de terre ferme, des zones humides ou marécageuses parcourues de petits cours d’eau paresseux avec en particulier au sud, la Devèze que venait de rejoindre le Caudéran. Les cheminements se faisaient en terrain sec, sur le bord des terrasses alluviales : rue Fondaudège, vers le Médoc ; rue Georges-Bonnac, vers le nord du Bassin d’Arcachon.

Carte 1, le site au VIIe siècle après J.-C.
Carte 1, le site au VIIe siècle après J.-C.
Source : Laboratoire de cartographie de Bordeaux III

2. Une fondation romaine ?

Bordeaux, ville romaine
La ville tire sa fortune de sa position sur la Garonne. Une agglomération humaine est attestée (secteur du Puy-Paulin) dès le VIe siècle avant J.-C. qui portait vraisemblablement déjà le nom de Burdigala. Entre le IIIe siècle et Ier siècle avant J.-C., s’installa une tribu venue du centre de la Gaule, les Bituriges Vivisques.
La grande fortune de Bordeaux naquit de la conquête romaine. Au premier siècle après J.-C. fut créée une ville nouvelle selon les principes d’urbanisme chers aux vainqueurs : rues se coupant à angle droit, égouts, fontaines et majestueux monuments publics… Elle s’étendit progressivement jusqu’à occuper 170 hectares. Bordeaux devint au IIIe siècle, capitale de la province d’Aquitaine qui allait des Pyrénées à la Loire puis, au IVe siècle, d’une vaste circonscription regroupant toutes les provinces du sud de la Gaule, de l’Océan aux Alpes.

Un quartier romain
Le quartier Judaïque Saint-Seurin s’insérait dans la ville antique. Les découvertes archéologiques, aujourd’hui encore, y sont fréquentes, citons pour ces dernières années : habitations et sanctuaire à l’emplacement du cinéma UGC ; thermes sous l’îlot Bonnac ; maisons, rues et fours de forgerons et de verriers sur le site de l’ancien cinéma Gaumont (futur auditorium). Le quartier était résidentiel et artisanal avec des jardins et des vignes. Les vestiges les plus importants sont les ruines de l’amphithéâtre (Palais-Gallien) et – ce qui est moins connu – le tracé de certaines rues : Palais Gallien, Thiac, Georges-Bonnac et Judaïque… La partie haute de la rue Judaïque (jusqu’au n° 45) et son tracé rectiligne datent de l’époque romaine.

La rue Judaïque à l'époque romaine
Schéma 1, la rue Judaïque à l'époque romaine

Murailles et cimetières
À la fin du IIIe siècle, la ville se resserra dans un rectangle fortifié de hauts remparts ponctués de tours et de portes, le castrum : 32 hectares seulement, des murs de 8 à 10 mètres de hauteur sur 4 à 5 mètres d’épaisseur. Au nord, l’emplacement du grand côté du rectangle se reconnaît encore facilement aujourd’hui sur un plan de Bordeaux, c’est le cours de l’Intendance, jadis appelé « fossés de l’Intendance » en raison des fossés qui longeaient les murailles. À l’ouest, malgré les remaniements ultérieurs du Moyen Âge, le petit côté du rectangle avec ses remparts a marqué jusqu’au XVIIIe siècle les limites de la ville. Les rues des Remparts et de la Vieille-Tour rappellent l’existence de ces fortifications ainsi que la Porte-Dijeaux qui, avant de devenir l’arc de triomphe à claire-voie que nous connaissons, était une porte fortifiée.
Pendant plus d’un millénaire, l’emplacement de la place Gambetta a correspondu aux pieds des murailles. C’est là que trop souvent on déversait les ordures mais c’était aussi un carrefour : un chemin longeait les fossés du nord au sud ; de la porte Dijeaux, vous pouviez aussi prendre la rue du Pont-long (actuelle rue Georges-Bonnac) vers Arès et le fond du Bassin d’Arcachon ou traverser en biais vers la rue Judaïque ou celle du Palais-Gallien pour rejoindre la voie du Médoc. La voie du Médoc était un axe actif : la configuration de l’estuaire de la Gironde était différente d’aujourd’hui avec des îles et des ports qui abritaient un réel trafic. La rue Judaïque donnait accès à cette voie : après une centaine de mètres, elle s’infléchissait vers le nord par les actuelles place des Martyrs-de-la-Résistance, rues Capdeville et Croix-Blanche. Ce chemin préexistait peut-être à la conquête romaine mais ce qui est certain c’est qu’il fut désormais très emprunté. Selon les habitudes antiques, un cimetière avec des tombeaux, parfois monumentaux, s’établit sur ses côtés à la fin du IIIe siècle. C’est de la présence de ce cimetière que naquit la nouvelle vocation de la rue Judaïque : conduire à l’église Saint-Seurin.

3. La basilique Saint-Seurin

Saint Seurin
On ne sait rien de certain sur la vie de Severinus, Seurin, qui aurait été évêque de Bordeaux au début du Ve siècle, à une époque où le christianisme était déjà religion officielle de l’Empire, sinon qu’il aurait été inhumé dans ce cimetière et qu’un culte se développa sur sa tombe. Au VIe siècle, l’écrivain Grégoire de Tours mentionne cet important sanctuaire ainsi que, à proximité, l’église Saint-Martin. En tout cas, Saint-Seurin devint un des plus importants lieux d’inhumation de la ville et le resta jusqu’au tout début du XIXe siècle. Parmi les très nombreuses tombes encore présentes sur le site, dans sa crypte, dans la crypte archéologique et aux alentours de l’église, une grande partie date de la fin de l’Antiquité et du début du Moyen Âge.

Sarcophage mérovingien
Place des Martyrs-de-la-Résistance, sarcophage du jardin
(photo 1, octobre 2008)

Ce type de sarcophage de pierre date de l’époque mérovingienne ; il était réservé aux plus aisés et fut souvent réutilisé. La visite des cryptes atteste l’usage d’autres types d’inhumation : dans des amphores, des cercueils de bois ou de plomb, sous de simples tuiles… les plus beaux sarcophages, en marbre des Pyrénées, comportaient un décor sculpté attestant la foi en la Résurrection.

L’enclos et le bourg
Une communauté de religieux desservait le sanctuaire qui s’enrichit rapidement des donations des fidèles. Un bourg se développa à proximité, le bourg Saint-Seurin.
Les religieux (des chanoines) vivaient en commun dans un enclos qui comprenait au Moyen Âge : des maisons pour eux et leurs serviteurs ; un cloître ; des bâtiments administratifs (prévôté, trésorerie…) et utilitaires (chais, pressoir, cellier…) ; le cimetière. En plus de l’église consacrée à saint Seurin, il y avait une église Saint-Étienne, une chapelle Saint-Georges et plus tard une autre dédiée à tous les saints. Les chanoines se consacraient à la prière mais aussi à des activités publiques : ils desservaient une vaste paroisse qui s’étendait jusqu’au Bouscat ; ils étaient seigneurs de très nombreuses terres à proximité de Bordeaux mais aussi en Entre-deux-mers et jusqu’à l’Océan, avec des serfs ou des hommes libres dépendant d’eux. Ils possédaient des droits de justice étendus. Jusqu’à la Révolution française, la communauté des chanoines de Saint-Seurin fut une des plus prospères de Bordeaux ; elle revendiquait même la préséance sur celle de la cathédrale !
Des croix marquaient la limite de la « sauveté Saint-Seurin » (mentionnée après 1159) c’est-à-dire l’espace où s’exerçait la souveraineté juridique des chanoines : croix de l’épine (angle des rue Palais-Gallien et Judaïque) ; croix blanche ; croix de Seguey, deux noms qui subsistent dans ceux de rues actuelles.


4. Cheminements médiévaux

Petites et longues distances
Il y avait un cheminement continu, de la porte Dijeaux à l’église Saint-Seurin, emprunté quotidiennement par tous ceux qui avaient affaires en ville ou dans le bourg, par les cortèges funéraires (plusieurs centaines par an) mais aussi par les voyageurs et les pèlerins.

La rue Judaïque du Ve siècle au XVIIIe siècle
Schéma 2, la rue Judaïque du Ve siècle au XVIIIe siècle

La Chanson de Roland, composée vers 1100, cite l’église et le pèlerinage :
Carles
« vint a Burdeles, la cite de renun,
Dessus l’alter seint Sevrin le barun,
Met l’oliphant plein d’or et de manguns
Li pelerin le veient ki la vunt. »
Chanson de Roland, vers 3 685 à 3 687

Charles (Charlemagne)
« vient à Bordeaux, la fameuse cité
Sur l’autel du baron saint Seurin,
Il dépose l’olifant (défense d’éléphant) rempli d’or et de mangons (pièces de monnaie musulmane)
Les pèlerins qui vont là l’y voient. »

Le Guide du pèlerin de Saint-Jacques de Compostelle, rédigé avant 1139, recommande vivement : « À Bordeaux, il faut rendre visite au corps du bienheureux Seurin, évêque et confesseur » et ne pas oublier d’admirer sur l’autel, « le cor d’ivoire fendu » par le souffle de Roland mourant. Gageons que les pèlerins qui empruntait la future rue Judaïque avait autant confiance en cet objet extraordinaire pour accomplir des miracles qu’en les vertus de l’ancien évêque ! Quoiqu’il en soit, au XIIIe siècle, il n’était plus fait mention de ce cor, les pouvoirs de saint Seurin s’estompaient au profit de ceux d’un nouveau saint dont on venait de découvrir le tombeau dans la crypte, saint Fort.

Noms d’une rue
L’actuelle rue Judaïque n’avait pas de nom stable, elle était désignée par les établissements religieux qu’elle desservait.
- « Chemin commun qui part de la recluse et va vers le prieuré Saint-Martin du mont Judaïc » (1446)
La recluse était le nom donné au local situé dans l’hôpital Saint-Lazare (construit à l’angle des actuelles rue Palais-Gallien et Judaïque). Depuis le XVe siècle au moins, des femmes s’y faisaient emmurer par pénitence ou dévotion, ne communiquant avec l’extérieur que par une petite ouverture sur la rue pour recevoir la charité et une autre sur la chapelle.
Le prieuré Saint-Martin existait depuis au moins le VIe siècle, il donnait dans l’actuelle rue Saint-Sernin (qui s’appelait jadis rue Saint-Martin) ; lors de la construction du bâtiment de France-Télécoms, dans les années 1950, un chapiteau mérovingien en provenant fut retrouvé. Ce prieuré possédait un cimetière où les juifs de Bordeaux pouvaient être enterrés contre redevances, d’où le nom donné au mont : mont Judaïque, (appellation attestée dès 1077).
Le mont Judaïque lui-même recevait diverses appellations : Mont Saint-Martin ; Maubourguet ; Mont au dessus de l’eau… Au début du XIVe siècle, les juifs furent en plusieurs vagues (1306, 1322…) chassés du royaume de France, ce qui eut des conséquences locales : en 1343, Édouard III, roi d’Angleterre et duc d’Aquitaine, accorda divers avantages au prieuré Saint-Martin parce qu’il « n’avait pas éprouvé un mince dommage de l’expulsion des juifs » ce qui laisse supposer antérieurement d’importants droits d’inhumation. À la fin du Moyen Âge, les juifs n’enterraient plus ici leurs morts depuis longtemps mais le nom subsista.
- « Rua judaïca par laquau on ba a Sent-Seurin » (fin XVe siècle)
Traduction du gascon : rue judaïque par laquelle on va à Saint-Seurin.
- « Rue qui va de la croix de l’épine à Saint-Seurin » (1683)
- « Judaïque-Saint-Seurin ». À la veille de la Révolution, elle portait encore le double nom : qui subsista jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Nom de la rue Judaïque
Noms de la rue Judaïque
(photo 2, octobre 2008)

Photographie prise à l'angle de la rue Judaïque et de la rue du Palais-Gallien. Sur la pierre centrale se déchiffrent les inscriptions : « rue Judaïque » ; en dessous : « Saint-Seurin » ; sous l’attache du store du café Le Riche : « rance », seul vestige lisible du nom « Délivrance » qui était celui de la rue à l’époque révolutionnaire.

- « Rue de la Délivrance ». Comme une partie des autres rues bordelaises, la rue Judaïque reçut un nouveau nom en 1793/1794, en accord avec les objectifs politiques de la Convention.
- « Rue Judaïque ». Le nom est fixé au cours du XIXe siècle à partir du moment où la rue, prolongée vers l’ouest, n’a plus pour seule mission de desservir l’église Saint-Seurin.
Au XVIIIe siècle, il existait, à l’intérieur des remparts de Bordeaux, une autre rue Judaïque dont le nom est attesté jusqu’au milieu du XIXe siècle : la rue Judaïque-en-ville (actuelles rues Castillon et Cheverus).


II. Le temps des plans

À partir de la fin du XVIe siècle, nous disposons de cartes et plans, conservés pour la plupart aux archives municipales de Bordeaux ou aux archives départementales de la Gironde. L’interprétation de ces documents n’est pas toujours aisée puisque de véritables relevés topographiques n’existent qu’à partir du XVIIIe siècle ; mais croisés avec d’autres sources, ils fournissent des données fiables sur le tracé de la rue Judaïque et de ses abords.

1. Le vif pourtrait de la Cité de Bourdeaux


Le vif pourtrait de la Cité de Bourdeaux
1563 – Lyon, par Jean d’Orgerolles. Gravure sur bois, détail (archives municipales)

Il s’agit du plus ancien plan - ou plutôt vue cavalière - de Bordeaux qui nous soit parvenu. Il appartient à un recueil de 21 cartes et vues de villes. L’auteur mentionne ce qui l’intéresse : - les vestiges antiques (S : colonnades des piliers de Tutelle, à l’emplacement approximatif du Grand-Théâtre ; Q : Palais Gallien) ; - les remparts et tours (O : porte Dijeaux ; R porte Saint-Germain, à l’emplacement de la place Tourny). Ces deux tours sont protégées par un bastion de pierre. Entre elles, la tour Dauphine ; - les établissements religieux. Saint-Seurin est identifié par la lettre P. L’enclos avec l’église est dans la campagne, hors les murs, une zone dont le vide contraste avec la densité des constructions de la ville. Dans l’enclos, on reconnaît l’église Saint-Seurin avec : à l’ouest, en façade sa tour carrée ; au sud, le tout nouveau porche (construit au XVIe siècle) et l’autre tour ; à l’est, le chevet plat. Les maisons des chanoines bordent l’enclos à l’ouest. Au nord, parallèle à Saint-Seurin, l’église Saint-Étienne, étroite et longue ; une tour. Dans l’enclos, deux petits rectangles : des tombes. On pénètre dans l’enclos par un porche. À l’extérieur, la chapelle de Tous-les-Saints et la petite église Saint-Martin. Un chemin conduit de la Porte-Dijeaux à l’entrée de l’enclos. Sa partie médiane correspond à la rue Judaïque.

2. Plan de la ville de Bordeaux avec ses vieilles et nouvelles fortifications
cette illustration sera disponible prochainement. Merci pour votre compréhension.
1653, Burin, détail - Bordeaux, bibliothèque municipale, fonds Delpit carton 1, pièce 37

Réalisé cent après le précédent, ce document a pour but de présenter les nouveaux bastionnements à construire. La seconde moitié du XVIe siècle et le XVIIe siècle ont été des époques difficiles pour la ville qui eut à supporter guerres et coups de mains. Le secteur ouest, légèrement dominé par le mont Judaïque, est une zone de faiblesse lors des attaques d’artillerie d’où la nécessité de construire des bastions de protection en avant des remparts. Le caractère rural du « faubourg Saint-Surin » est affirmé avec ses quelques maisons perpendiculaires aux chemins et leurs parcelles adjacentes, de plus en plus étendues à mesure que l’on s’écarte de la zone habitée. La porte Dijeaux est protégée par une tour, elle-même renforcée d’un imposant bastion. L’issue est déportée vers le nord. L’actuelle rue Judaïque forme un Y dont un embranchement conduit à la rue du Pont-Long (= Georges-Bonnac) et l’autre à celle du Médoc. Remarquez « les allées du cardinal de Sourdis », future chartreuse et le « ruisseau de la Devise ».

3. Précis géographique et historique sur la ville de Bordeaux

La ville de Bordeaux telle qu’elle était en 1733
La ville de Bordeaux telle qu’elle était en 1733
1759, eau-forte et burin, détail - Bordeaux (archives municipales XL.A/31-34PP23)


Ce plan fut réalisé en 1759, d’après le plan de Lattre exécuté en 1755, avec des corrections rétrospectives permettant d’imaginer l’état de la ville un quart de siècle auparavant. En rose, les constructions. La future place Gambetta apparaît comme un ensemble informe juxtaposant les restes de bastions du siècle précédent, des édifices construits, le cimetière de l’Hôpital général et des jardins. L’entrée par la porte Dijeaux se fait encore par une chicane. Remarquez la porte Dauphine qui donnera plus tard son nom à la place Le faubourg Saint-Seurin s’urbanise avec des maisons en continu dotées de façade sur rue. Les parcelles des jardins se trouvent en îlot central. Des voies nouvelles sont percées comme la rue des Lauriers et la rue Neuve (actuelle rue du Château-d’eau) entre les rues Judaïque et Pont-Long (= George-Bonnac). Le début de la rue Judaïque, rectiligne et bordée de maisons, a presque sa configuration d’aujourd’hui ; à l’angle qu’elle forme avec la « grande rue du Palais-Gallien », se situe le grand séminaire. L’actuelle place des Martyrs-de-la-Résistance (appelée ici rue saint-Seurin) a déjà sa forme présente : il n’y a plus d’enclos des chanoines ; le cimetière, clos et planté d’arbres, jouxte l’église au sud. Une allée plantée y conduit. Le quartier Mériadeck n’existe pas encore ; jardins et vignes prédominent.

4. Plan géométral de la ville de Bordeaux et de partie de ses faubourgs

Plan géométral de la ville de Bordeaux et de partie de ses faubourgs
Levé par les ordres de M. de Tourny intendant de la généralité, de messieurs les maires, sous-maires et jurats, gouverneurs de ladite ville par les sieurs Santin et Mirail en 1754, gravé à Paris par J. Lattre en 1755
1755, eau-forte et burin, détail - Bordeaux (archives municipales XL.B/608)


Les grands travaux d’urbanisme qui ont donné à Bordeaux son visage actuel datent du XVIIIe siècle. Les intendants du roi, Claude Boucher (1720-1743) et Louis de Tourny (1743-1757) ont voulu faire de la capitale de la Guyenne une ville digne du Roi. C’est dans ce contexte que Tourny fit élaborer ce plan, le premier à être établi sur des relevés topographiques sûrs. Parallèlement à la façade des quais, a été conçu le « tour de ville » qui remplaçait les anciens remparts par des allées et les tours par des portes. En même temps, la population progressait. C’est le début d’une nouvelle vocation pour le quartier Judaïque Saint-Seurin qui devint essentiellement résidentiel. Les abords de la porte Dijeaux prirent leur aspect actuel : la place Dauphine (= Gambetta) reçut un tracé rectangulaire (1746), elle fut nivelée et régularisée. Les maisons furent progressivement construites de 1748 à 1770. La nouvelle porte Dijeaux, inspirée des arcs de triomphe antiques, fut inaugurée en 1752. Au sud, l’actuel cours d’Albret remplaça les remparts, un nouveau quartier fut dessiné entre ce cours et la nouvelle place (rue Nancel-Pénard et adjacentes). La rue Saint-Martin fut rectifiée : toute droite, elle prolonge le cours d’Albret et donne sur la rue Judaïque qui pour la première fois porte son nom. À l’ouest, les abords de l’actuelle Place des Martyrs-de-la-Résistance se lotissent. L’urbanisation gagne la rue du Petit-Pont-Long (= Lachassaigne). Au-delà, commence la campagne.

à suivre…
Claude Ribéra-Pervillé, 5 octobre 2008

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