à propos de la rubrique « Histoire »
Cette rubrique est appelée à s’enrichir. Si vous habitez ou si vous avez habité rue Judaïque, si vous travaillez dans le quartier, n’hésitez pas à nous envoyer vos témoignages ! Contact : Claude Ribéra-Pervillé (histoire@rujudaique.com)
Tous les Bordelais connaissent cette longue rue droite qui, d’est en ouest, mène de la place Gambetta aux boulevards. Localisation et aspect sur GoogleMaps.
Un simple coup d’œil au style de ses maisons montre qu’elle ne fut pas construite d’un seul jet. Elle a une histoire contrastée, très ancienne pour ses premiers numéros (de la place Gambetta au carrefour Martyrs-de-la-Résistance et de la rue du Château-d’eau), beaucoup plus récente en aval.
La rue Judaïque tire son nom du « Mont Judaïque », ce modeste monticule de 18 mètres d’altitude qui domine les rives de la Garonne. Pourquoi « Judaïque » ? Parce que jusqu’au début du XIVe siècle, y existait un cimetière dépendant de l’église Saint-Martin où étaient enterrés les juifs de Bordeaux.
I. Une rue de quartier antique
La partie la plus ancienne de la rue actuelle a été tracée à l’époque romaine, probablement entre le premier et le troisième siècle de notre ère. À cette époque, le quartier Saint-Seurin est une zone résidentielle et artisanale dotée de plusieurs rues rectilignes dont celle-ci (schéma 1 ci-dessous : la rue Judaïque à l’époque romaine).
II. Une voie médiévale
Du Ve siècle au milieu du XVIIIe siècle, la rue change de nature, elle devient une partie du chemin qui relie la ville de Bordeaux, enserrée dans ses murailles, au bourg Saint-Seurin qui s’est établi autour de l’église du même nom. La zone est rurale avec de rares maisons, des champs, des établissements religieux et des cimetières (photo 1). Ce chemin se poursuit au-delà de l’église Saint-Seurin par l’actuelle rue Capdeville vers le Médoc (schéma 2, ci-dessous : La rue Judaïque du Ve siècle au XVIIIe siècle).
III. Une rue résidentielle
Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la population s’accroît rapidement ; de grands travaux d’urbanisme sont entrepris par les intendants du Roi, en particulier Tourny, qui donnent un nouveau visage à Bordeaux... et au faubourg Saint-Seurin qui forme désormais un prolongement continu de la ville (photo 3 et photo 4).
En 1781, un plan prévoit l’extension de la rue Judaïque avec une voie rectiligne se dirigeant vers l’ouest. Le cheminement vers le nord et l’église Saint-Seurin n’est plus qu’un embranchement de cette longue rue en devenir (schéma 3, ci-dessous : la rue Judaïque à la fin du XVIIIe siècle).
IV. Toujours plus loin !
L’urbanisation progresse par étapes alliant initiatives publiques et privées. Les particuliers n’hésitent pas à lotir de nouveaux terrains en respectant l’axe est-ouest prédéfini.
Ainsi, en 1785, Marie Brizard, la créatrice de la célèbre anisette et son neveu Roger, divisent leur propriété en rues publiques et parcelles adjacentes privées en tenant compte du tenant compte du tracé de la future rue Judaïque. C’est l’origine du secteur de la place Dutertre, rues Brizard, Chauffour…
Les parties les plus proches du centre-ville sont les plus densément peuplées et bâties (photo 5, photo 6 et photo 7). Les maisons ont façade sur rue ; à l’arrière, elles donnent sur un jardin plus ou moins vaste ; l’ensemble des jardins formant un îlot de verdure qui est une des originalités de l’urbanisme bordelais.
Plus loin s’installent des activités de loisirs ou de services ayant besoin d’espace : manège à chevaux (dont le nom subsiste dans la rue du Manège, école de dressage (1862, à l’emplacement de la piscine Judaïque, photo 8), cimetière protestant (1825-1826), usine à gaz (1825, aujourd’hui remplacée par la gendarmerie nationale, photo 9). Au niveau de l’actuelle place Dutertre commence alors la commune de Caudéran.
La rue Judaïque finit de s’allonger lorsque les limites de Bordeaux sont enfin fixées par les boulevards en 1865. La décision est prise dès 1853 mais les tractations sont longues car il faut que la commune de Caudéran cède une partie de son territoire. Cette frontière est administrative mais aussi économique : toute marchandise pénétrant en ville doit acquitter une taxe de péage. L’octroi se paye à la barrière Judaïque. Cette zone se construit de la fin du XIXe siècle à l’entre-deux-guerres (photo 10 et photo 11). Les parcelles sont plus petites et l’habitat relativement dense.
Au XXe siècle, la rue Judaïque devient un axe de dégagement pour les automobiles qui s’écartent du centre ; dans les années 1970-1980, des immeubles à plusieurs étages sont édifiés (photo 12). La rue Judaïque reste animée à ses deux extrémités : près de la place Gambetta et à la barrière (schéma 4, ci-dessous : la rue Judaïque à partir de 1865).
V. Une vie nouvelle
En 2008-2009, après plusieurs années de concertation, de grands travaux sont entrepris dans la partie haute par la ville de Bordeaux après concertation avec les commerçants. La rue est assainie et sécurisée. Priorité aux piétons ! Les trottoirs sont refaits et élargis. La circulation automobile sera ralentie. Une vie nouvelle commence….
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